Actualités · Communiqué · 20 octobre 2026

Lettre ouverte au Bâtonnier : gardes à vue des lycéens, la porte des cellules ne doit pas être fermée aux avocats

Plus de 8 000 interpellations, dont plus de 85 % de mineurs, depuis le début de la mobilisation lycéenne. Nous demandons au Bâtonnier d’exercer sans délai son droit de visite dans les commissariats de Paris.

En-tête de la lettre ouverte de Rachel Saada et Marianne Lagrue au Bâtonnier, 19 octobre 2026

Paris, le 19 octobre 2026.

Monsieur le Bâtonnier, Madame la Vice-Bâtonnière,
Mesdames et Messieurs les Membres du conseil de l’ordre,

Depuis le 21 septembre, des milliers de lycéens manifestent pour réclamer davantage d’enseignants et des conditions d’étude dignes.

Plus de 8 000 personnes ont été interpellées dans tout le pays, dont plus de 85 % de mineurs. Plusieurs manifestants ont été blessés et parfois mutilés et 24 enquêtes ont été ouvertes auprès de l’IGPN.

Des mineurs ont été présentés devant des délégués du Procureur pour des alternatives aux poursuites et ce, sans avocat. Pour la seule journée du samedi 17 octobre, à Paris, 855 personnes ont été interpellées selon la préfecture de police. Des adolescents ont été retenus pendant de longues heures dans les locaux de police, parfois pendant 24 ou 48 heures. La garde à vue d’un mineur est encadrée par des garanties renforcées, qu’il s’agisse de l’information des représentants légaux, de l’examen médical, de l’assistance d’un avocat ou de l’enregistrement des auditions.

Il nous appartient de vérifier qu’elles sont effectivement respectées et ce d’autant que de nombreuses violences policières ont été documentées et qu’elles risquent donc de se poursuivre dans le vase clos du commissariat.

Le temps presse et si nous comprenons votre adresse immédiate aux commerçants qui ont subi de graves dégradations, nous ne comprenons pas qu’il n’en soit pas de même s’agissant d’arrestations massives et de gardes à vues.

À cela s’ajoute le fait qu’une proportion considérable des personnes interpellées ont été libérées sans poursuite, ce qui établit que la garde à vue a été utilisée abusivement, ce qu’un Bâtonnier se doit également de dénoncer. Le barreau a toujours été la première vigie des libertés.

Monsieur le Bâtonnier, Madame la Vice-Bâtonnière, la loi vous donne le pouvoir de vous rendre sur tous les lieux d’enfermement et de privation de liberté. L’article 719 du code de procédure pénale, modifié par la loi n° 2026-350 du 9 mai 2026, autorise le Bâtonnier, sur son ressort, ou son délégué spécialement désigné au sein du conseil de l’ordre, à visiter à tout moment les lieux où une personne est privée de liberté. Il peut être accompagné d’un avocat préalablement désigné au sein du conseil de l’ordre.

Nous vous demandons donc solennellement :

  1. d’exercer sans délai ce droit de visite dans les commissariats de Paris, notamment les jours de mobilisation et ce sans avertissement préalable ;
  2. de désigner des délégués afin que ces visites puissent avoir lieu simultanément dans plusieurs lieux ;
  3. de rendre compte publiquement des constats effectués, et d’en saisir si nécessaire le Contrôleur général des lieux de privation de liberté, le Défenseur des droits et le procureur de la République ;
  4. de veiller en temps réel au maintien d’une permanence renforcée pour l’assistance des mineurs gardés à vue pendant toute la durée du mouvement.

Les mineurs et adultes placés en garde à vue doivent savoir que la porte des cellules n’est pas fermée aux avocats, ni à leur Bâtonnier.

Nous vous prions d’agréer, Monsieur le Bâtonnier, Madame la Vice-Bâtonnière, Mesdames et Messieurs les Membres du Conseil de l’ordre l’expression de nos salutations confraternelles et dévouées.

Rachel SAADA et Marianne LAGRUE
Avocates au Barreau de Paris

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